Dis Maman, pourquoi j’ai mal ?
 
Gwendoline joyeuse et précieuse enfant, au sourire malicieux, rayonnante et pleine d’énergie, trottinant sur le chemin de retour d’école, tout en chantant un air enjoué. Comme à son habitude, un bien bon goûter, devoir, jouer, manger puis rejoindre les bras de Morphée, pour une belle journée. 
 
 
Lors de ses beaux rêves d’étoiles et de fées, étendue dans son lit douillet, une douleur la fit se replier. D’un œil ouvert, un pied posé, brouillard et douleur, vinrent les pleurs. Maman alertée, accourue  dans sa chambre, la fit se lever, tout en séchant ses larmes. Tachée de rouge, pyjama des fées souillé, la rassurant et l’aidant à s’endormir… «  Nous parlerons demain ma chérie, maman t‘expliquera, c‘est une chose tout à fait normale, surtout ne t‘inquiètes pas et rendors toi. »
 
 
Lendemain venu, Gwendoline reprit le chemin de l’école, sans trottiner et sans air enjoué. Pour une journée sans fées et étoiles. De retour à la maison, maman assise, lui disant qu’elles devaient discuter. « Tu sais ma chérie cette nuit tu es devenue une femme  ». Elle lui expliqua que cela arriverait chaque mois, lot d’une femme, lot d’une grande, chose normale.
 
 
Les mois passèrent, le rouge coulait et la question revenait : «  Dis Maman, pourquoi j'ai mal ? » 
Les années passèrent et cette question revenait encore. Des rêves étoilés Gwendoline s'effaçait. De ses nuits dans son lit plus si douillet, repliée sur elle-même, le cauchemar revenait. De ses levés incessants et ses douleurs au ventre, la question tournait. S'en vint les étourdissements, poignardée, un coup de fendoir asséné dans son corps fatigué. Les malaises arrivèrent : « Maman, pourquoi ai-je mal, je ne comprends pas? » 
Ensemble, elles décidèrent de consulter un médecin, si peu averti il lui dit : « Ma petite, tu es devenue une femme et la douleur en cette période est tout à fait normale. Quand tu décideras d'avoir un enfant, la douleur s'en ira. »
 
Le temps passa, la douleur toujours là, revenant à chaque pas, l'empêchant parfois de s‘asseoir, lui coupait le souffle, les mots, la faisant vomir et laissant place aux malaises répétitifs tel un monstre grandissant, aux marres de rouge, elle ne rêvait plus de fées, mais de paix. «  J'ai mal ! » Les médecins s'en suivirent, avec toujours ces mots de normalité, jusqu'aux suspicions à simuler. Aux regards accusateurs de sa famille qui l'ignorait.
 
 
Gwendoline, devenue femme, au regard fatigué et au ventre gonflé, l'habitude de son corps martelé, et de son silence imposé, aux croyances de normalité, se posait toujours cette même question. « Le rouge ne coule plus quelques jours, mon corps se vide. Je suis si épuisée, j'ai tellement mal et quand bien même le rouge me quitte j'ai toujours mal. Un dragon de feu dans mon corps, dix épées transperçants, mon corps est devenu une prison… » Ne rêvant plus d'étoiles et de fées, mais plutôt d'être un homme où le rouge n'aurait pas lieu.
 
 
Le temps passa, Gwendoline toujours dans son silence et  cette normalité racontée, finit par tomber sans se relever. Aux multiples médecins rencontrés, sur de nombreuses années passées, elle finit par entendre ces mots « Madame, que ressentez-vous, quels sont vos symptômes ? » De soulagement et voulant hurler sa douleur, enfin elle trouva l’oreille attentive. De son corps broyé elle racontait, devant les yeux écarquillés de ce bonhomme. S’en suit, Gwendoline opérée, cicatrices aux ventre toujours rêvait de paix qui n‘arrivait. Aux médicaments, essayant de la soulager, souvent en vain, elle avait LE MOT. Ses rêves de contes de fées et d’étoiles sur l’oreiller seraient remplacés par des larmes et un jeu sur sa vie . Où aucunes parties ne seraient gagnées, ne seraient achevées.
 
 
De son corps ravagé, si épuisé, les tambours dans la tête , elle ne cessera de lutter. Ayant ce MOT , clamant la vérité elle ne sera quand  même écoutée. Cette petite fille avec son air enjoué devint avec les années, une silencieuse femme et surtout effacée. Aux postures sinueuses et ne voulant qu’hurler, elle subira l’ignorance, le déni de vérité. Se posant la question d’un avenir tout en sachant l’effarante réalité, elle subira les draps levés et les cicatrices sur son corps blessé. Gardant l’espoir d’un jour pouvoir porter l’enfant tant désiré ….Elle vivra sa vie telle une mendole à la fin de son banc. Tout en gardant cette énergie à faire comprendre qu’il s’agit de maladie ignorée.
 
Fin mot de l’histoire : 
ENDOMETRIOSE
« Dis Maman, pourquoi j’ai mal ? »
 
Ne banalisez pas la douleur, et surtout prenez soin de vous et de vos filles.